Le
5 décembre
La
dernière semaine du mois de novembre, alors que les plants
de patates sortent à peine de la terre, c'est le moment
de les butter une première fois.
Les terres du village, en général très pentues,
sont ramollies par les pluies nocturnes. Le travail se fait à
la main, ici pas de tracteur pour aider à la tâche.
Chaque rang de patates est butté par 2 personnes, celui
qui est en amont enfonce "la bêche" dans la terre
pour la soulever alors que la personne en aval retourne la grosse
motte à la main pour former la butte.
Plus la famille est riche, plus elle a des terres et plus elle
emploie de travailleurs qui seront payés à la journée
pour cela par la famille… L'outil utilisé est le
même que celui utilisé par leurs ancêtres les
Incas : il est constitué d'un long manche en bois sur lequel
est fixée par des lanières en cuir une longue (40
cm) et étroite (10 cm) pelle en métal.
Pour ces dures journées de labeur, les hommes et les femmes
mâchent des feuilles de coca et avalent régulièrement
une rasade de "cana", l'alcool local
fait à partir de la canne à sucre. Cela donne du
rythme et du courage à chaque couple de travailleurs qui
se prend au jeu entrant en compétition pour accélérer
la cadence.
Des blagues fusent, quel challenge !!
La journée est longue…. Tôt le matin, parfois
tard le soir, et même quand tombe une bonne averse, ils
continuent jusqu'au bout du lopin de terre trempés jusqu'aux
os...
A
la nuit tombée, éreintés de leur journée,
la pelle sur l'épaule, certains viennent faire soigner
leurs ampoules ou leurs coupures à notre maison.
"Le plus difficile et dangereux, dit ma voisine, c'est de
faire attention à ne pas se faire trancher la main ou un
doigt par les excités de la compétition surtout
après le repas bien arrosé du midi";
C'est
à ce prix que les travailleurs d'Acopalca récolteront
fièrement leurs délicieuses pommes de terre, l'or
du village, totalement exemptes de produits chimiques.