Intipa wawan 'Les Enfants du Soleil'
 












Le 9 juin 2005

Bonjour chers amis,

J'aimerais vous faire participer à la magie du village.


La richesse du village est la culture de la papa qui se sème au printemps. Dans les Andes le printemps est en mars paradoxalement même si nous sommes dans l'hémisphère sud ; les 3 mois avec un soleil radieux et brûlant sont mai, juin, juillet jusqu'à la mi-août. Ensuite viennent les nuages et le froid quotidien qu'ils appellent l'hiver, ensuite la saison des pluies de mi-décembre jusqu'à la mi-mars.

Ils sèment en composant avec la lune ; le ramassage se fait de même. Cette semaine, tout les villageois et leurs enfants vont ramasser la papa dans les hauteurs, sur les flancs pentues de la montagne. Ca se ramasse comme en France : mise à l'air des légumes et derrière, toute la famille ramasse. La famille se compose des parents, frères, sœurs, grands-parents alertes et les nombreux enfants de chacun. Plus je connais les villageois et plus je vois qu'ils sont tous cousins. C'est une grande famille. Les troupeaux de vaches, lamas, chevaux, idem, appartiennent à la famille élargie.

Cette semaine ce ne fut que passage de troupeaux de lamas dans l'unique ruelle du village 20 fois par jour. Le lama est pour la charge, la laine très épaisse et la viande. Il est toujours de 2 couleurs. L'alpaga vit plus en hauteur vers 4000 mètres d'altitude et est pour la laine, plus fine, et pour sa viande non grasse. Il est de l'unique couleur blanche.

Le défilé s'annonce par un bruit de clochettes, comme chez nous les vaches en montagne. A remarquer que c'est tout nouveau au village depuis le vol des 20 lamas a la "altura", comprendre les hauteurs, il y a 2 mois.

Vivant à l'intérieur de l'hacienda, donc fermée par un muret, je vois passée les premières têtes colorées de pompons aux oreilles ou boucles d'oreilles, têtes altières qui reculent dès qu'elles m'aperçoivent. Elles ont toujours peur de mon image de "gringa". Je dois donc rentrer et regarder en retrait le défilé des 20 lamas suivis du propriétaire qui leur parle et qui fait tournoyer sa corde haut par dessus les têtes comme s'il voulait les attraper au lasso, mais là, c'est juste pour les faire avancer. Ils sont chargés de sacs plats de patates qui seront déchargés chez la famille et retourneront à la "chacra" faire une autre tournée. Ils repassent dans l'autre sens à vide toujours avec les 5 ou 6 hommes de la famille.

Ce matin, ils ne faisaient pas encore jour qu'il y avait une grande activité au village. La causette dans la rue, les gens qui s'affairent car ils courent toujours. Léo, le vice-président a fait une annonce sûrement comme les autres fois vers 4 heures du matin au haut-parleur, mais maintenant j'arrive à dormir pendant quand même, il faut croire que je m'habitue. J'ai juste entendu l'annonce de l'équipe médicale qui doit monter le 17 (et qui en fait ne montera pas car mardi dernier personne n'est venu au poste de santé, ils étaient tous à la chacra et je crois que la semaine prochaine c'est aussi le ramassage qui doit être absolument terminé avant la Saint-Jean).

Il y a peu d'enfants à l'école pendant le ramassage, hier l'institutrice de la maternelle Marcella n'est pas venue.
Durant la journée, il n'y a personne au village rien que le ballet incessant des lamas et des voitures réquisitionnées à la charge des sacs de patates de 50 kg, les voitures elles aussi n'en peuvent plus. En soirée aux environs de 16 heures, passent les mamas harassées, portant leurs enfants dans leur manta sur le dos, leurs petites bouilles très sales, les autres enfants de la famille suivent aussi, parfois en uniforme car dès la sortie de l'école à 13 heures, ils ont fait aussi des kms pour aller aider à la chacra. Les pères remontent la ruelle, la mine défaite, regardant le sol. Peu ont le sourire, vraiment la vie est dure à Acopalca. Les patates de couleur jaune, violet, orange, sucrés, farineuses ou ressemblant au goût de la binje de chez nous seront vendues à Huancayo, mais pour combien ? la vente du bétail, la récolte des légumes suffisent à peine à payer le quotidien, c'est-à-dire à manger, mais il faut aussi payer le collège et l'uniforme des enfants et habiller la famille nombreuse, pas moins de
6 enfants par famille.

Je crois que je ne vais pas tarder à instituer un parrainage depuis la France : 100 soles par an, soit 25 euros, pour acheter l'uniforme à l'enfant qui va au collège secondaire comme chez nous à partir de 11 ou 12 ans, cela soulagerait les familles. J'ai commencé à le faire pour un de mes filleuls et vous n'imaginez pas le plaisir que j'ai pu lire sur le visages des parents. L'uniforme obligatoire comprend : jupe ou pantalon, chemisier, petit gilet ou pull col en V et chaussettes assorties. Chaque collège possède son propre uniforme. Cela, je pourrais l'instituer tant que je serai au village et à mon avis, j'y suis encore pour un petit moment… Je ferai un suivi avec photo de l'enfant.

Voilà mes amis la dernière idée que je vais présenter à ma prochaine conférence que je ferai en France en septembre.

La prochaine réunion du village est dimanche 12 juin pour parler de la fête patriotique et fêter l'indépendance du 28 juillet 1821 après 300 ans de domination espagnole, la nation du Pérou enfin naquit. Tout le Pérou est en liesse. Au village cela dure 4 jours : 26, 27, 28 et 29 juillet, c'est l'occasion de divertissements très prisés pour les environs de Huancayo, courses des Morochucos (les petits chevaux d'Acopalca), mais aussi corridas sans mise à mort, présentation des meilleures pièces de bétail : moutons, vaches laitières (20 litres par jour), manège manuel, etc... Tous les villageois s'organisent pour gagner un peu de sous, eux ce sont truites, pachamanca (cuisson à l'étouffée dans la terre comme au temps de la civilisation wanka antérieure à celle des Incas), cochons dindes qui est le plat national, enfin tout pour manger "rico" ce qui signifie ici délicieux. Là aussi j'ai ma petite idée, je vais faire un stand de pêche à la ligne pour les enfants avec des jouets à pêcher, cartes à jouer, etc… comme dans mon village durant mon enfance. C'est simple et pour un sole, je vais faire des heureux. L'argent sera réinvesti pour des fournitures
à l'école maternelle.
Je crois aussi que je vais faire une exposition de photos sur le village sur la tonte de la laine des lamas et moutons, le ramassage des patates.
Je sais maintenant qu'ils adorent voir des photos de leurs enfants ou sur la vie du village.


Sous le soleil décapant, les petites joues commencent à être brûlées, les enfants viennent le matin se faire mettre une crème pour adoucir leur peau déjà croûtée. On commence aussi à entendre les enfants et les parents tousser au petit matin. Il fait maintenant moins 5° et les gelées nocturnes sont fortes, les maisons ne sont pas chauffées et souvent ouvertes à tout vent avec les vitres non remplacées, vous comprendrez qu'il fait meilleur à s'activer au petit matin que de rester sous la "couette"…

Chers amis, je pense à vous en France qui allez sur l'été, la plage, le sable chaud… de quoi me faire rêver.

Je vous salue de la haute montagne des Andes, à très bientôt en septembre.

Geneviève

 
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