Intipa wawan 'Les Enfants du Soleil'
 












































Le 20 janvier 07

Chers amis bonjour,

Aujourd'hui pose de la première pierre.

Cela fait 10 jours que les travaux de l'école maternelle sont commencés. 16 comuneros y travaillent énergiquement, assidûment - 6 femmes – 10 hommes. Je doute que nous Occidentaux, nous soyons capables d'avoir le même rendement et peut-être la même envie de travailler. Les femmes vont chercher le gros sable caillouteux dans le rio chargées sur le dos de 7h à midi, de 13h à 16h (horaires de travail), avec une pose de temps en temps, portent des colonnes de fer faites à la main par les hommes qui pèsent hyper lourd, roulent les brouettes de gravas. Franchement du gros et bon boulot

16 comuneros y travaillent

Je vais 3 fois par jour sur le chantier, suis à la disposition du maestro sans diplôme d'Acopalca qui est un super pro. Certains soirs il vient avec le chef d'escadrille me porter une liste pour le lendemain. La dernière est acheter 10 m3 de sable fin à mélanger avec celui récolté du rio du village qui comporte trop d'impuretés après analyse selon l'ingéniera civil du "Ministère du Travail, de la Promotion de l'emploi", elle donne ses ordres. Je suis donc allée chercher 10 m3 à HYO dans
2 camions car un poids lourd ne passera pas le premier pont de bois. Les transports de matériaux sont très chers, les 18 kms de trajet se faisant sur une route défoncée par les pluies et le prix est aussi en fonction du poids.

Les comuneros me craignaient, suite à ma colère du premier jour. Mais je vois que petit à petit les regards changent et la confiance s'installe de nouveau. Hier ils m'ont fait venir dans leur local avant la reprise du travail pour me demander un repas pour chaque comunero pour aujourd'hui. En effet nous avons loué une bétonnière pour la journée avec son manœuvre pour que le travail se fasse plus vite en raison des pluies fréquentes et le travail devra se faire sans discontinuer jusqu'à la fin de la soirée. 16 repas + l'ingéniera et son équipe qui ne vont pas manquer de monter pour l'occasion. Repas accordé, repas simple à leur demande qui s'est transformé en repas de truites, mais non des truites achetées à la pisciculture du village (seul le terrain est loué à un privé), mais de la truite du rio, la vraie, la meilleure et une équipe de 4 hommes est partie sur le champ le cœur au ventre à la pêche à la truite. En 2 heures, ils ont déniché à la main 18 truites de bonne taille nécessaires au repas du lendemain. Les 2 cuisinières dans l'équipe sont trouvées pour le lendemain, truites accomodées à la mode d'Acopalca avec patates, riz, échalottes et petite sauce sur une feuille de salade. Tout ça est excellent et me donne le courage nécessaire pour la suite des événements.

la première pierre

Quelle ardeur au travail aujourd'hui ! il faut voir courir les hommes avec les 4 brouettes de ciment, ceux qui alimentent la bétonnière ne chôment pas non plus, c'est véritablement une course contre la montre, pendant ce temps les femmes mettent de grosses pierres en même temps que le ciment frais. Claire et moi sommes béates d'admiration devant toute cette énergie déployée. A 14 heures tout est fini, tout le sable est ingurgité dans les fondations. Sauf que l'ingéniera avait vu juste et qu'il manque… encore 12 m3 de sable fin pour terminer le travail. On recommence lundi.

Depuis 15 jours qu'on a commencé les travaux, il pleut seulement la nuit ou pendant la pose de midi à 13 heures, les pierres nécessaires aux fondations ont été trouvées dans le champ d'à côté sans effort, pas besoin de descendre les chercher au rio. Les comuneros disent tous que c'est que le "pagapu" (se prononce pagapou) a été bien fait, c'est l'offrande faite à la terre le premier jour avant les travaux. On a beau être septique, dans un pays où des pluies diluviennes s'abattent sur les Andes et provoquent des glissements de terrain qui emportent des quartiers entiers avec morts d'hommes dans les villages en aval, on est bien épargné à Acopalca. Alors voilà c'est magique et c'est la reconnaissance de la pachamama (terre-mère) envers ses enfants !

la première pierre

Petite histoire : il y a un endroit à un pont en partant sur Lima après Huancayo où il y a toujours des accidents de bus qui tombent dans le rio. Pedro, le meneur de cérémonie donne cette image : "c'est que le rio n'est pas assez nourri, il a faim et il mange les hommes !" d'où l'importance donnée aux offrandes.

Dans un même temps, Intipa Wawan à la demande du président, fait l'écoulement d'eau potable au village (depuis 3 mois) et maintenant le tout-à-l'égout de la rue principale (Claire s'est chargée de faire monter le matériel), autant vous dire qu'il y a des trous énormes dans la seule ruelle du village et qu'il ne fait pas bon circuler la nuit, cela n'empêche pas "les borrachos" (bourrés) chroniques de suivre leur éthique de vie. A cet effet, une nouvelle loi du président et de son comité directeur vient de voir le jour : les tiendas (épiceries) ne doivent plus délivrer d'alcool du lundi au vendredi midi sous peine d'amende, le week-end LIBRE. Bien vu Bébert, car ces derniers temps ça ne devenait plus vivable.

la première pierre

Les danseurs de la troupe " MILLHUA SHAHUAY ACOPALCA" ("charger la laine" en quechua) ont commencé leur répétition nocturne en vue des futurs concours de février. Vous savez qu'ils raflent 2 ou 3 trophées tous les ans à Huancayo. Cette année, ils ont l'assurance que s'ils gagnent, Intipa Wawan leur offre le prix du billet via Lima pour défendre les couleurs du département (ce qui devrait revenir au district de Huancayo, non !). N'ayant pas de moyens, tous les ans leur histoire s'arrête là.

On vous fera vivra tout ça en couleur.

Amis de l'association, merci de nous lire car c'est aussi vous qui faites l'histoire d'Acopalca.

Amicalement,

Claire et Geneviève

 
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