Le
22 juin 2006
Bonjour les
amis,
Les
solstice d'été - 21 juin - et d'hiver - 21 décembre
- étaient marqués durant l'époque inca et
préinca par des rituels notamment du côté
de Cusco sur les sites de Sacsahuaman,
Ollatay Tambo,
Machu Picchu, Corikancha
où l'on retrouve dans les ruines des tables agroastronomiques
et sur toute la route inca qui va de l'Equateur en Bolivie et
qui suit les Andes.
Les Incas déterminaient les mois d'une année au
moyen des périodes lunaires; en une année 12 lunes.
Presque tous les nombres des mois étaient reliés
à des activités en relation avec l'agriculture,
l'irrigation et l'élevage.
La détermination des époques agricoles étaient
d'importance comme le début des semences et le début
de la récolte (au village il y a toujours une étroite
relation avec ce calendrier des travaux agricoles, la récolte
de patates doit être terminée avant le 21 juin).
De la phase lunaire spécifique dépendait la culture;
exemple pour le légume qui produisait ses fruits au-dessus
de la terre comme le maïs ou au-dessous comme la patate qui
forme ses tubercules dans le sol; les Incas avaient aussi une
connaissance de l'influence de la lune sur les cycles de reproduction
des animaux et même dans la détermination du sexe
au moment de la conception.
Les rites correspondaient à des fêtes d'importance
agricole. Ces rites perdurent encore aujourd'hui chez certains
mouvements traditionalistes. La cérémonie est exécutée
dans ces milieux au mois de septembre, août et décembre,
la population a alors recours aux services de spécialistes
andins pour effectuer cette dite cérémonie aux fins
du bien être et pour les progrès de son économie
familiale.
Pour l'Andin tout a une vie, la montagne a une vie, la terre a
une vie et l'eau est source de vie. Dans la réalité
de ce qui l'entoure, il n'existe pas d'éléments
statiques ou morts.
* * * *
| Ceci
pour amener le 21 juin sur le site de HUAYTAPALLANA,
lieu des neiges éternelles.
C'est la 3ème année que j'y suis invitée.
Cette année j'ai demandé
à 3 mamas du village,
proches voisines, que j'apprécie beaucoup de m'accompagner.
|
 |
Il
s'agit de faire une offrande à la terre qui nous nourrit
et qui nous donne la vie. Hier soir j'ai préparé
amoureusement mon petit paquet. (fruits, maïs, patates, bougies,
cigarettes de marque inca car c'est la seule qui n'est pas trafiqué,
du bois sacré odorant (palo santo),
des petits gâteaux pour le plaisir et une bouteille de vin,
ah j'oubliais le principal, les feuilles de coca qui sont un véhicule
de connexion avec les Apus (esprits),
ici en l'occurrence ceux de la montagne et du lac LA
SUNTAY de couleur turquoise). Ici ce sont les dieux
des hauteurs
 |
Pedro,
maître de la cérémonie, est passé
nous prendre à 10 heures en combi (estafette). Quand
je lui avais demandé si je pouvais emmener des mamas
du village, oui mais pas plus de 4 car après le combi
ne peut pas monter car trop chargé. Nous étions
4 mais il n'y avait de la place que pour une.
J'étais un peu déçue de mon ami, mais
pas de panique il y a toujours une solution à tout,
nous avons attendu un camion de Jauja
(situé à 40 kms) qui allait à la cérémonie,
pour monter les 3 mamas avec leur bébé à
l'arrière en plein air. |
Nous
montions de 3600 mètres à 5400 mètres. J'étais
un peu préoccupée car je trouvais que les bébés
n'étaient pas très couverts.
2 fois en cours de montée, les hommes gordos (gros) qui
pesaient mucho (beaucoup) durent descendre pousser et faire passer
les grosses pierres qui encombraient la route au combi. Je trouve
ces chauffeurs bons chauffeurs entre ravins et montagne. Nous
voyions de temps à autre les llamas paître. Vraiment
le paysage était de toute beauté. A la fin, à
certains méandres nous entrevoyions les neiges éternelles
que nous n'avons pas tarder à rejoindre.
Plus d'une centaine de personnes (8 ou 9 combis) nous attendait
nous étions les derniers. J'eus la chance de voir que mes
amies avaient ramassé en route une jeune femme d'Acopalca
avec Jaime, son enfant de 3 ans, dans une choza
(hutte en paille) sur le bord de la route. Pour toutes
c'était la première fois.
Nous avons commencé par mettre notre manta
(tissu très coloré qui sert à porter les
enfants dans le dos des mamas) sur le sol en guise de nappe, une
nappe immense et colorée pour y déposer nos offrandes,
ceux qui n'avaient pas de manta garnissaient les mantas des autres
des leurs. Beaucoup de fleurs, de bon vin, de fruits, du maïs
égrainé, du riz, etc…
Un émerveillement de couleurs et de diversités.
Qu'elle
fut bien honorée notre belle terre ! Pedro a ouvert
la réunion et ceux qui voulaient pouvaient parler
de leur ressenti face à l'immensité de cette
grosse montagne impressionnante, remercier pour la plupart
la terre qui nous a nourris et les
4 éléments qui nous permettent de vivre.
De temps en temps, Alex taquinait
la flûte merveilleusement pour appeler les esprits,
j'avais plein de frissons, Ernesto
soufflait dans le pututu (se
prononce poutoutou, l'énorme coquillage) on
aurait dit la corne de brume d'un bateau avec l'écho
qui lui répondait, et la chanteuse wanka en costume
de région à la voix suave a chanté
en quechua en l'honneur des esprits.
Nous mastiquions la coca. Un chapeau est passé pour
y prendre les plus belles feuilles que nous avions gardées
pour l'offrande.
|
 |
| |
Puis
Pedro s'est adressé à la montagne de HUAYTAPALLANA
en quechua une bonne dizaine de
minutes, nous avions les paumes de main tournées
vers le ciel pour y recueillir l'énergie vierge de
la montagne.
En silence chacun de nous, debout, se recueillait avec les
Apus pour demander et remercier
de passer une nouvelle année, puisque nous célébrions
l'année nouvelle wanka.
Le ciel brumeux s'est éclairci pour laisser place
au soleil qui nous a dardé de ses rayons. Il faisait
bon à 5400 mètres d'altitude (10 degrés
pas plus).
Nous sommes allés enterrer toutes les offrandes en
dansant au son de l'orchestre, vidant le contenu des bouteilles
à la volée.
Tous les groupes avaient au moins une petite bouteille de
caña (eau de vie)
pour trinquer à la nouvelle année. |
|
Les plus courageux se sont baignés dans le lac de
la SUNTAY qui a une légende
et qui guérit tous les maux. 3 ou 4° environ.
A signaler que le grand-père d'une des mamas montait
solitaire autrefois régulièrement faire son
offrande sur ce lieu magique. Je suis sûre que ça
existe toujours au village mais chacun fait son offrande
perso. |
|
Assises
sur les rochers nous avons mangé pendant ce temps le riche
repas composé d'un morceau de cuy
(cochon d'Inde) préparé par les mamas,
riz et patates incontournables accompagnées de la petite
sauce qui lie le tout. Rico le repas.
Puis
nous sommes tous repartis vers 16 heures perdus dans nos pensées
avec les Apus, certains étaient gais et pleins d'énergie
après le bain. Les musiciens y allaient de leur flûte
et du tambourin sur le chemin du retour.
Le retour s'est fait sous un épais brouillard.
Aujourd'hui
nous sentons toutes une sorte de félicité et de
sérénité trouvées sur les lieux mystiques
de la grandeur de HUAYTAPALLANA.
A
très bientôt
Geneviève