Le
26 février 2007
Chers amis bonjour,
Quel
bonheur de pouvoir vous communiquer ma joie!
Vous
savez qu'Acopalca possède son groupe folklorique et que
chaque année il y a un concours en février et mars
de danses huaylash moderne et ancien.
Mes amis du village s'entraînent dur depuis plus d'un mois
tous les soirs ou les après-midis pour le huaylash
ancien.
Cette
année sur 3 concours : ils ont remporté 2 finales
sur 40 groupes de huaylash ancien, au
3ème concours ils ont fini 4ème. Je les accompagne
sur le terrain, c'est tellement agréable et motivant à
suivre.
Cela dure des heures, un après-midi entier + une soirée
avant que les 80 groupes fassent leur prestation de 7'30 chacun.
Les groupes rivalisent de couleur dans leurs vêtements qui
brillent de mille feux, c'est magnifique.
Acopalca
est tout simplement habillé de peau de mouton pour les
hommes et représente l'élevage en honneur de la
coopérative agricole des temps passés. Un costume
pas cher. Plus rustique tu meurs.
Ce
n'est vraiment pas un groupe commun. Ils me font monter la pression.
Quand c'est à notre tour de passer, il manque là
une participante qui arrive nonchalante, là un jupon dépasse
de la simple jupe de bure à peine lavée. Vite fait,
tout s'harmonise, une dernière tétée au nouveau
né et hop ils montent sur la scène, dansent, sautent
comme des cabris, haletants sur la fin mais stoïques et redescendent
le visage ruisselant sous les forts applaudissements du public
qui reconnaissent la valeur du groupe (peu de groupes sont capables
de tenir sans faire dans leur chorégraphie une petite pause).
Le pointage est toujours favorable à Acopalca.
Anecdote: Acopalca ne contracte pas
d'orchestre, trop cher, alors sur les 10 musiciens d'un autre
groupe, 3 musiciens s'en détachent, et à la fin
de la prestation une caisse de bière est donné en
cadeau !
Sur
les bouches j'entends après chaque rapport du jury, c'est
MILLHUA SHAHUAY. Il est indéniable
qu'ils sont très forts ceux d'Acopalca et très à
part aussi et je suis très fière de faire partie
du groupe accompagnateur Les présentateurs s'animent quand
il s'agit d'annoncer ACOPALCA, ils connaissent
l'ardeur de MILLHUA SHAHUAY et leur
acharnement à gagner. C'est qu'il y a 1000 soles en jeu
ou 300 selon les concours.
Parfois, je donnerai bien le prix à d'autres groupes aux
couleurs plus chatoyantes, avec un panier de fleurs naturelles
(glaïeuls) sur scène et accrochés dans le dos
et aussi mieux organisés.
Avant
l'effort... |
MILLHUA
SHAHUAY
Après
l'effort... |
Une fois passée, il faut attendre la fin du spectacle puisqu'ils
sont premiers, parfois des heures. Nombreux groupes s'en vont une
fois les résultats annoncés. Et dès qu'un groupe
de folklore ancien commence à danser, ils savent tout de
suite s'il est inquiétant ou non "ils dansent commun"
ou "comme ils dansent tristes, il n'y a pas de gaieté".
* * * * *
Je
me demande si le nom d'Acopalca ne traîne
pas son histoire douloureuse, ça se sent parfois dans les
intonations. Même leur habillement dénote la pauvreté
du village.
On
me dit souvent dans les taxis quand je leur dis que j'habite le
village, c'est toujours les mêmes questions; "Acopalca
? et comment te traitent les gens, ils ont la réputation
d'être durs? c'est le village qui a souffert le plus du
département pendant le terrorisme, ils ont tout perdu et
ont été abandonnés des autorités de
HUANCAYO
Petite
histoire : en novembre 2004, lors de l'inauguration de la moitié
de l'hacienda, furent invités le maire de HYO
et quelques adjoints qui n'ont pas manqué de me questionner
sur l'objet de mon séjour au village. L'un d'eux me dit
: " je suis venu au village l'an passé avec un projet
sur le tourisme, à ma 2e montée au moment de repartir,
mes pneus étaient crevés, j'ai compris que je ne
ferai jamais rien ici et qu'ils pouvaient rester dans leur misère".
C'est
qu'on n'entre pas comme cela à Acopalca
Messieurs, il faut faire ses preuves tous les jours avant de voir
les mines changées et encore et encore et peut-être
qu'ils m'attendent au virage si je manque à mon devoir
de les aider comme je m'y suis engagée. On leur a tout
pris, le village fut anéanti avec acharnement à
80% (10.000 têtes de bétail distribués aux
villages voisins), les stocks de laine prêts à l'exportation
brûlés, on a fait sauter les machines à tisser
et des hommes furent tués. A force de questionner les gens
sur leur histoire, j'en sais un peu plus. Ils étaient pris
entre "3" feux : ce qu'il nomme "la
subvertion" (les terroristes du sentier lumineux),
radicale, ceux du mouvement "Tupac Amaru"
moins violent et l'ejercito (l'armée).
Et ils ont appris à se taire. Le silence était de
règle, une parole de trop et c'était la mort.
Un
autre groupe aux couleurs chatoyantes... |
Alors
je pense qu'en leur donnant beaucoup d'amour, en réhabilitant
le village comme nous faisons, nous pouvons changer peu à
peu le cours des choses et redonner la confiance à ces
gens qui en ont perdu jusqu’à leur identité.
Là
où l'on a tout juste, c'est avec le parrainage car l'argent
affecte directement l'économie de la famille. Pour la rentrée
des classes, acheter l'uniforme, les fournitures scolaires de
tous ces enfants nombreux (une moyenne de 8 par famille), ça
aide bien les familles.
* * * *
Le
concours de waylas était à
Lima le 10 et le 11 mars. Intipa Wawan
a donné 500 soles pour les frais de voyage des 18 danseurs
et organisateurs.
Et devinez… eh bien ils sont revenus non pas avec la coupe,
mais avec le 2e prix de 200 soles (prix décevant) mais
c’est toutefois encourageant.
Du
coup, ils sont motivés pour faire un groupe de benjamins
et ont demandé la participation de l’association
pour acheter pas moins de 20 capes pour les danseuses, ceci afin
de garder la culture du village et de la promouvoir au sein de
pays.
A
très bientôt
Geneviève
* * * *