Intipa wawan 'Les Enfants du Soleil'
 

 

 

 






 

 






 

 

 

 

 






 

 

Chers amis bonjour,

Aujourd’hui vendredi 26 avril, tout le village d’Acopalca descend protester dans les rues de Huancayo sous forme de défilé en voiture, à cheval, à vélo et à pied…

Tout s’est décidé à la réunion mensuelle de dimanche dernier, il y en a marre que la société privée SEDAM (l’équivalent de VEOLIA en France - l’alimentation d’eau de HYO se fait à partir de 2 des
7 lacs du village à 5000 mètres d’altitude) s’en mette plein les poches depuis 20 ans au détriment du village. Les plaintes des villageois : SEDAM vient prélever l’herbage par plaque dans les hauteurs, la terre causant des dommages au bétail, ainsi que les pierres du rio sans en avertir le village et ne donne rien en compensation. Où vont tous ses profits ? Bref il en fallait moins que ça pour asticoter notre Bébert « national » qui a organisé et bien pensé la démonstration de force d’aujourd’hui avec demande préalable à la police nationale pour accompagner le défilé.

D’abord rassemblement des chevaux sur la place du village au haut parleur à 5 heures du matin. Avec mes 2 nouveaux amis français venus en visite, l’aubaine était bonne de voir les comuneros à l’action sur les Morochucos (race de petits chevaux bien nerveux) en partance pour les 18 kms qui mènent à Huancayo.
Le klaxon des taxis (pour montrer que la voiture n’est pas encore pleine) ne tarissait pas d’échos, tous les chauffeurs (qui tournent par 2 par jours et qui habitent le village en aval) étaient présents. 300 comuneros, ça fait du monde à descendre.


Nous sommes descendues pour 9 heures au point de rassemblement sur la place Tupac Amaru de HYO, place fameuse par le prestige de son nom.

Huancayo
c’est 450.000 habitants et c’est très étendu. En partant d’un bout de la ville, ça fait du chemin à parcourir.

Dans l’ordre, * 20 chevaux montés par les comuneros et 2 femmes dont la doctora Marisol tout de blanc vêtu, qui terminait son travail aujourd’hui à Acopalca (eh oui déjà un an qu’elle travaille gratuitement pour l’Etat péruvien) …. et qui n’était jamais montée à cheval. Qu’elle était belle sur son beau cheval blanc avec son chapeau wanka !

* 2 vélos : Claire et Ernesto, ils étaient bien super tous les 2 sur leur nouveau VTT donnant à ce     cortège une saveur encore plus pittoresque
* les voitures de tous les chauffeurs de taxi (une dizaine)
* puis les mamas du verre de lait (institué dans toutes les écoles par Fujimori)
* 3 Français intercalés dans le mouvement…
* les mamans de la cantine « Virgen de las nieves » (Vierge des neiges),
* les hommes, les femmes en 3 rangées et encore les hommes en scandant les slogans :
   « Huancayo, l’eau ne se vend pas » « HYO, écoute, le Shullcas (qui est le nom du rio qui    l’alimente en eau) séchera » « ici, là-bas, Acopalca ne se rendra pas » « jamais le village uni ne    se rendra » « halte à l’abus » et enfin « l’eau est la vie, Acopalca est la solution ».

La télévision de plusieurs chaînes était au rendez-vous.

Les spectateurs étaient un peu surpris de ce cortège hétéroclite et applaudissaient au passage, les rues étaient fermées au fur à mesure du passage. Après être passé au gouvernement régional, direction l’entreprise SEDAM, nous avons attendu un peu que les autorités du village soient reçues et avons bien attendu une bonne heure leur sortie avec le gérant pour une explication au micro du président du village, Humberto, du résultat de l’entrevue. Etant donné que le directeur n’était pas là, vendredi prochain monteront des représentants de SEDAM au village pour une expertise de tous les faits dénoncés et pour trouver une solution au problème en sachant qu’Acopalca tient le pouvoir: si dans les 15 jours qui suivent, rien n’est sorti de cette réunion, Acopalca fermera les 12 valves qui alimentent la ville de Huancayo ! alors ça c’est parlé !

Ensuite direction le poste de santé : pour remettre au directeur régional le mémoire de Marisol

Petite histoire

la semaine passée avons été reçues par le directeur régional de la santé à notre demande : Marisol, un représentant du village et moi, pour savoir quelle suite allait être réservée à notre poste de santé et surtout pour garder Marisol. Nous en sommes ressorties déconfites : la solution proposée fut un autre sérumiste (jeune diplômé non payé pour un an), et malgré l’insistance de Marta
« on voudrait garder la jeune docteur car les comuneros sont habitués à elle, elle travaille bien »,
- le Directeur : « non elle doit s’occuper de sa carrière maintenant, elle va passer des concours comme tout le monde (un poste offert pour 50 candidatures dans le département) ou on vous trouvera 2 tecnicos qui sont des infirmières 2 fois par semaine au village, mais on ne fermera pas le poste de santé ».
Merci Monsieur le Directeur après tous les efforts de tous nos amis français pour vous donner un poste de santé ce serait un comble !

Alors nous avons pensé que nous pourrions peut-être la rémunérer jusqu’à ce que le poste de santé soit reconnue d’Etat (ils sont déjà venues en visite lors de la rénovation fin 2004, ont fait faire plein de modifications, ensuite il fallait faire une donation du terrain au ministère de la santé, tout ceci est en cours depuis… 2 ans et il manque toujours des papiers, le dossier passant de mains en mains Y’EN A MARRE) ; avec cette idée elle est retournée cette semaine annoncer la solution au directeur pendant mon aller et retour à Lima pour accomplir mon devoir de citoyenne, et la bonne surprise fut à mon retour que le Directeur de la santé est d’accord mais qu’il faut compromettre Intipa Wawan avec une attestation comme quoi on s’engage à la rémunérer. Super, mais nous en retour on veut une attestation comme quoi l’Etat s’engage à la rémunérer à partir du 1er janvier 2008 (qu’ils aient le temps de prévoir Acopalca dans leur budget de décembre).

Donc nous avons fait une halte à la santé, histoire de leur montrer la détermination du village qui n’a plus de poste de santé depuis 1988 (fermé pour cause de terrorisme) et qu’on ne se laissera pas mener par le bout du nez. Le directeur n’était pas là, mais on l’a rappelé à notre bon souvenir.

Ensuite direction la municipalité, il était alors 13h30 et les uns et les autres étaient fatigués.
Mais contents d’avoir pu enfin réunir les forces du village pour une bonne cause.

Merci messieurs les comuneros, une fois de plus nous assistons à la renaissance du village et ça nous donne encore plus de force pour les aider à retrouver leur dignité.

Amicalement,

Claire et Geneviève

 
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