Le
mercredi 27 juillet
Chers
amis bonsoir,
Aujourd'hui
nous sommes allés à Huancayo
accompagner Louis qui partait pour la France. 3 mois sont
vite passés, Laurent a émis le souhait de
rester un mois de plus ce qui me ravit.
Au
village, la fête a commencé ce soir, vers
20 heures, avec une veillée en plein air de tout
le village sur la place principale et pas moins de
2 orchestres composés l'un de 15, l'autre de 25
musiciens, cuivres et tambours pour s'interchanger. Quelques
bus sont montés de la ville sûrement des
gens qui vont dormir dans leur famille car les bus sont
repartis très vite. J'apprécie beaucoup
plus cette fête que l'année dernière
à la même époque. Peut-être
la feuille de coca qui circule dans les cercles de danse
(et l'alcool aussi) m'aide à décoller –
3 heures m'ont suffi, je rentre au bercail. Laurent a
squatté la maison préférant se réserver
pour les journées suivantes très toniques.
Il
fait froid, les mamas dansent avec leur progéniture
sur le dos, la manta recouvrant la tête du bébé.
Les musiciens sont bien couverts, certains jouent enveloppés
dans des couvertures, ils ont tous des bonnets enfoncés
jusqu'aux 2 oreilles, c'est qu'ils viennent d'une région
moins élevée en altitude. Demain matin il
y aura une belle gelée blanche, sur le stade on
dirait à chaque fois qu'il a neigé tellement
c'est blanc. Les gens sont heureux quand ils dansent et
ne demandent rien de plus. La vie est si simple ici.
Je
danse à petits pas comme eux, m'envolant et tournoyant
au son de la musique alors que je vois des jeunes ados
qui rient de me voir danser à ma façon,
mais l'essentiel ici n'est pas de faire comme l'autre
mais de se réaliser dans son expression, alors
j'y vais gaiement et avec les petits verres qu'on m'a
servis, ça me rassure et me réchauffe.
J'ai
eu un grand bonheur ce soir quand on m'a dit que le hangar
éclairé qu'on voyait de loin (œuvre
des 2 jeunes qui m'accompagnent) et qui va servir demain
pour l'exposition des bêtes, était du travail
bien fini et que les Français qui viennent ici
font du travail bien fini. Je vois qu'ils sont fiers de
notre présence. Et nous donc, nous sommes ravis
des compliments et avons conscience que nous ne travaillons
pas pour rien et qu'au final on nous aime bien, ce qui
n'est pas si évident que ça car le sourire
n'est pas toujours de mise.
Depuis
2 jours nous avons repeint toute la maison à l'extérieur.
Vert d'eau sur le mur du pignon, vert bouteille sur les
fenêtres et les barreaux et le bas de la maison
en gris. Ils ont été épatés
par notre assiduité à travailler, mais on
peut dire la même chose d'eux quand ils se mettent
au travail. Je crois que c'est la plus belle maison du
village. Depuis une semaine, Léo nous rabat les
oreilles à 5 heures du matin que chacun doit repeindre
sa maison en raison de la fête. Mais il n'y a pas
beaucoup de résultat et quand c'est fait, ce n'est
ni fait ni à faire comme tout ce qu'ils font.
Ce
soir, le ciel était magnifique d'étoiles.
Un jour, avec la carte du ciel d'Amérique du sud
que m'a donnée ma copine Pierrette, qui a suivi
des cours d'astronomie, je vais pouvoir parler des étoiles
aux enfants (quoique à la maison WALI WASI que
je fréquente, on y voit la représentation
du lama et pas chez nous). Les étoiles semblent
plus prêts de nous qu'en France (3650 mètres
d'altitude), c'est très joli avec ce fond de montagne.
J'entends
la fanfare qui passe et repasse dans la seule ruelle avec
tout le village à ses trousses qui danse à
petits pas et je me demande bien comment Laurent fait
pour dormir mais ça je le saurai demain matin.
Ce
soir je dois préparer un petit discours car si
tout se passe comme il a été dit , je dois
inaugurer la fête demain matin.
A
suivre…
Le
28 juillet
Debout
à 5h45 pour penser notre stand car je viens d'entendre
que les emplacements étaient à louer jusqu'à
6h. En fait ils ne nous feront pas payer le stand (25
soles) car nous aidons le village. Je réveille
Laurent qui dort comme un bébé. C'est parti
pour une journée à la Péruvienne,
c'est-à-dire une journée au jour le jour.
J'ai scotché sur les panneaux en contreplaqué
les photos que vous m'avez envoyées des 4 coins
de France à ma demande et réparties comme
ceci : PARIS – les paysages de France – les
maisons françaises - le folklore en France –
les fleurs de France – le vin français et
la bouffe française. Sur l'autre panneau, les articles
de France en français sur l'association + celui
en espagnol paru récemment dans la presse de HYO
et toutes les photos des Français qui sont venus
collaborer ainsi que la liste des réalisations
de l'asso. En fond, les
2 grands panneaux en plastique épais avec le logo
réalisés à l'occasion de la réfection
de la posta. Laurent a biseauté 4 bûches
pour faire notre parc à pêche entouré
de ficelle.
Sur
une table de cuisine sont scotchés de petits albums
de photos sur la tonte des bêtes, sur le ramassage
des patates et sur le défilé du
1er mai (1ère fois que le village était
représenté à Huancayo, le maire avait
demandé à Humberto, le président,
de faire quelque chose qui sortait de l'ordinaire : les
Morochucos (nom de la race des petits chevaux d'ACOPALCA)
ont descendus les 18 kms à 6 heures du matin pour
le défilé de 11 heures et ils furent très
applaudis).
L'autre
album était les superbes photos, format A4, de
notre ami photographe, Jean-Marc de COLMAR (qui a fait
notre site web) qui m'avait envoyé une quarantaine
de photos sur la vie du village. Quel succès !
Merci Jean-Marc.
Ce fut le stand le plus visité du stade et le seul
qui n'avait rien à vendre.
En fin de soirée nous avons fait une pêche
à la ligne qui a été assez longue
à démarrer car les enfants ne savaient pas
ce qui se cachaient sous ces paquets de papier journaux,
mais une fois commencée, ce fut un vrai succès
: 1 sole la ligne. Les 43 peluches, crayons de couleur,
cartes à jouer, montre d'enfants en plastique…
sont partis en un temps record.
Prenons
dans l'ordre, dès 7 heures du matin, la première
fanfare passait déjà dans la ruelle suivie
du village, les gens qui avaient des stands s'affairaient
avec leur demi-bête découpée sur le
dos en direction du stade, d'autres apportaient les briques
pour faire le barbecue géant, les grandes perches
pour bâcher les stands avec du plastique bleu.
Vers
8 heures, le speaker professionnel de HYO a commencé
à animer la grande kermesse, l marathon était
déjà parti du village en aval de VILCACOTO,
c'est 10 kms en courant ( pour une dénivellation
de 350m ). Et devinez qui a gagné en 50 minutes,
c'est Wilmer, le jeune veuf du mois dernier, il rafle
tout, il avait déjà gagné l'année
dernière. Le suivant est arrivé 3 minutes
plus tard. Les enfants habillés en costumes folkloriques
étaient sur la place principale du village déjà
prêts à évoluer, l'inauguration était
prévue pour 9 heures – mais heure péruvienne
– ce qui signifie un bon 10 heures. Le curé
attendait pour faire sa messe, agitait désespérément
la cloche mais n'entrait personne à l'église.
Enfin
après le discours du président de la IIIème
féria agropecuaria d'Acopalca,
l'hymne national fut chanté et perturbé
par l'autre fanfare qui arrivait sur les lieux. Quelle
cacophonie ! Enfin les enfants ont pu commencer à
danser leurs jolies danses folkloriques qui n'avaient
rien à voir avec celles de l'année dernière.
J'ai
enfin pu lire mon discours d'inauguration révisé
par le commissaire général de la foire.
Pendant
les danses, le Président est parti car la course
de Morochucos avait commencé de l'autre côté
du rio.
Ière course de femmes et courses d'hommes qui ont
duré un certain temps et je crois que les paris
allaient bon train aux dires de Laurent.
Les hommes montent à cru sur leur monture. Il y
avait beaucoup de monde, touristes de HYO,à
regarder.
Ensuite
concours de pachamanca (spécialité culinaire
de la région) pour savoir quelle serait la meilleure,
concours de filage de laine de moutons entre 4 mamas du
village. De temps en temps venaient deux chevaux montés
par la "madre d'Acopalca" de cette année
et de son fils le majordome, ils étaient tout d'or
vêtu, on se serait cru au temps de la conquête
espagnole, avec leur uniforme. Ils lançaient aux
enfants des quantités de bonbons, d'oranges, de
gâteaux… Les orchestres battaient leur plein,
l'un à la conquête du village, l'autre de
25 musiciens animant les danses locales. Jamais, je n'ai
vu en France des orchestres d'une telle qualité
et surtout d'une telle endurance. Puis la nuit est arrivée,
mes élèves du cours de français qui
étaient montés pour l'occasion étaient
aussi émerveillés, mais aussi transis de
froid.
Jusque
tard dans la nuit, nous avons dansé, de temps à
autre partait une fusée qui éclairait le
ciel étoilé. Ce soir je me sentais la tête
encore plus prêt des étoiles.
Je
ne vous dis pas l'état du village, c'était
quand même la fête nationale de l'indépendance
(je cherche toujours des raisons en sachant qu'au village
toute occasion est bonne). Nous nous sommes couchés
la musique plein la tête imprégnés
de l'ambiance torride du village !!!
Le lendemain 29 juillet
Même chose, défilé de l'orchestre
aux aurores. Les gens avaient la tête des lendemains
de fête.
Victor,
l'animateur était déjà sur pied de
guerre. Ce matin concours agricole. Les moutons d'Alex,
le voisin, les vaches d'Alex ont défilé,
belles bêtes, dommage qu'ils les avaient piqué
"à la vitamine", et ont gagné
le concours. Les lamas et alpagas d'un autre voisin, il
avait de superbes spécimens aussi dont un lama
tacheté comme une girafe.
Petit
cours sur les camélidés :
-
le lama est élevé pour la laine et la charge.
Il est toujours de 2 ou 3 couleurs.
- L'alpaga est plus petit, blanc avec les oreilles en
arrière. Sa laine est beaucoup plus fine. Il est
d'une seule couleur. Sa viande est très goûtée.
- La vigogne vit plus en hauteur, est d'une seule couleur
marron. Il n'y en a pas dans la région. Sa laine
est la plus prisée.
Vers 15 heures a commencé le rodéo andin,
c'est monté à cru les morochucos les plus
sauvages. Il n'y a eu que 3 essais car le cheval suivant
s'est pâmé de stress dans l'enclos. Il faut
dire que les bêtes se demandent ce qui leur arrive
car parquées dans un enclos, attrapées au
lasso et montées par des sauvages qui n'ont pas
sucé que de la glace, ils n'ont guère l'habitude.
A
suivi la corrida. Une corrida bien comique avec des toreros
déguisés en femmes et des taureaux qui stressaient
à mort ne demandant qu'à rentrer dans l'enclos.
Ns
sommes revenus au stand pour discuter avec les touristes
de HYO, un interview de je ne sais quel
journal, 2 demandes de personnes pour aider leur village
encore plus pauvre qu'ACOPALCA (ce n'est
pas la première fois qu'on m'en fait la demande)
et nous avons plié les gaules à la nuit
tombante.
Mais
la soirée n'était pas finie…. C'était
la veille de la fête de Santiago (qui dure tout
le mois d'août) pour 3 familles du village. C'est
mettre les rubans colorées aux oreilles de tout
leur bétail, une autre sorte de corrida qui finit
en orgie de boisson. Mais ils ont une faculté de
récupération incroyable. J'ai joué
d'absentéisme la veillée, suis rentrée
sagement au bercail écoutant la fête battre
son plein jusque tard dans la nuit malgré une panne
d'électricité du village qui a plongé
tout le monde dans le noir jusqu'au lendemain matin.
A
suivre….