Le
27 novembre 2007
Chers
amis bonjour,
Aujourd’hui
jour de grand soleil, je vois le Señor Manuel Garcia,
un ancien du village qui a travaillé autrefois comme télégraphiste,
vous dire comme le village a été riche du temps de
la coopérative, descendre tout doucement la ruelle. Il ne
connaît pas son âge, mais sûrement plus de 4 fois
20 ans. Un peu courbé comme à l’habitude.
M’informant de sa santé après lui avoir serré
la main enveloppée de son éternelle mitaine noire
(ça fait toujours drôle de serrer la main d’un
Péruvien au village car il donne toujours la main en rentrant
le pouce à l’intérieur, ce qui fait qu’on
a toujours l’impression qu’il en manque un bout), Señor
Garcia était tombé en fin de semaine dernière
en allant à la recherche de son âne dans le village.
Chaque fois que je vois, il cherche son âne. Vous savez que
tous les animaux sont en liberté au village : l’agneau
de ma voisine vient manger son herbe devant ma porte et parfois
entre dans la maison martelant de ses sabots le plancher, les chevaux
passent tranquillement dans la ruelle sans propriétaire.
Le maître mot ici étant liberté.
C’est
un adorable petit monsieur que j’aime beaucoup, une petite
moustache toujours bien taillée qui le distingue des autres
comuneros. Il fait très noble. C’est bien un des seuls
que je n’ai jamais vu bourré depuis 3 ans et demi,
digne, toujours intéressant à écouter quand
on le comprend car il parle entre ses dents sur un ton monocorde,
mais il inspire le respect. Le Señor m’informe qu’il
se sent comme si on l’avait roué de coups, seulement
lui manquaient des massages, mais ici il n’y en a pas, dit-il
sérieusement.
Je
ne vous l’ai peut-être jamais dit, mais j’ai mon
diplôme en réflexologie depuis 2000 (formation d’un
an à Paris). J’ai beaucoup exercé à HYO
en faisant du domicile et dans certains hôtels au début
de mon séjour, masse parfois les pieds des Français
qui viennent au village, suis inscrite dans une clinique à
HYO (mais le temps que je me rende, sur un coup de fil, du village
à la clinica CAM - pas de voiture remplie pour me descendre
rapidement, le patient est déjà parti). Bref j’explique
au Señor Garcia en quoi consiste mon massage. « Je
vais me laver les pieds et je reviens » me dit-il.
Une
heure passant, je le vois arrivé devant ma porte grande ouverte,
non pas avec son chapeau mou de tous les jours sur le chef, mais
couvert d’un bonnet de laine à rayures de coloris sombre
que je ne lui avais jamais vu, une serviette de toilette verte flashy
sur le bras, prêt à se rendre au gymnasium !! Nous
partons lentement vers le poste de santé, je l’installe
confortablement sur 2 oreillers, sur une table de consultation dans
une salle que n’utilisera pas la doctora Marisol et le recouvre
d’une couverture en laine de lamas. Le Péruvien étant
petit, j’ai dû le tirer plusieurs fois par les pieds
pour qu’il soit « à ma main », et après
lui avoir enlevé ses chaussettes, relevé les bas de
son caleçon en laine et de son pantalon, je commence à
pratiquer le massage en bout de table.
Le
pied d’un Péruvien est beaucoup plus rigide que celui
d’un Français, souvent on ne lui sent que la peau sur
les os, pas de consistance comme sur les pieds de mes compatriotes.
Il est toujours conseillé de regarder le visage de son patient
pour voir les douleurs qu’il peut ressentir lors du massage,
chaque zone ayant sa correspondance directe dans le corps. Señor
Garcia en faisait des grimaces de douleur, puis au bout d’une
demi-heure, il s’endormit, bien relaxé. Quelques minutes
plus tard, sur un point sensible, il ouvre les yeux.
« Duermé Señor? (vous dormez Mr ?)
« Si duelé mucho » (Oui j’ai beaucoup mal).
Ah
c’est que Señor Garcia est un peu dur de la feuille.
Alors silence radio, je termine la séance le laissant à
ses grimaces et à ses songes.
La séance terminée :
« Combien vous dois-je ? »
« Rien du tout Señor, seulement j’aimerais que
vous me racontiez une des légendes d’un des lacs du
village »
Après
plusieurs tentatives d’explications sur ce que je voulais
et surtout ayant compris sa bonne oreille, je m’approche à
son chevet toute à son écoute : « … il
était une fois …. »
Eh bien non, chers amis, je reste sur ma faim, car il ne connaît
rien de la sirène, juste qu’une de ses tantes l’aurait
vu en 1925 : « une sirène très sympathique,
métissée, les cheveux longs, la moitié du corps
inférieur en truite, et l’autre en « bonita »
(jolie) jeune femme qui sortait de l’eau à 3h du matin
!». Rien de plus.
Merci
Señor Garcia, adorable conteur, pour ces quelques bribes
qui nous ravissent. Señor Garcia s’en est reparti rejoindre
« sa señora qui ne sait pas cuisiner, c’est pour
ça qu’il est si flaquito (maigre) »
A
très bientôt
Amicalement
Geneviève
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