Le
28 août 2005
Chers amis,
Alors
que je revenais au village de Huancayo vers les
14 heures, je vous explique : HYO – Vilcacoto
(10 km) en estafette surchargée et Vilcacoto via le village
en collectivo (la voiture ne part que quand elle est remplie) (8
km). Vilcacoto est une station obligée pour monter à
Acopalca.
J'étais à Vilcacoto et pas de voiture, je me suis
donc dit que j'avais le temps de musarder dans ce village plus civilisé
que le mien. Je suis donc partie, pas très loin, à
50 mètres de l'arrêt vers le rio en contre bas où
tout le monde lave son linge. J'ai trouvé un petit endroit
calme, sans personne (les mamas lavaient de l'autre côté
du pont hors de ma vue) et je me suis assise à califourchon
sur une des grosses pierres qui bordait ce chemin se terminant en
cul de sac en amont d'une courette bordée d'eucalyptus d'Australie
(c'est le nom des arbres importés il y a des décennies)
. Je lisais les nouvelles fraîches que j'étais allée
chercher poste restante le matin même et des nouvelles de
France, ça se lit dans le recueillement.
Pop, quelque chose tombe d'un arbre, je ne me suis pas inquiétée
plus que ça passionnée par mes courriers.
Pop, un autre corps étranger tombe du feuillage, j'ai alors
pensé à des enfants qui pouvaient lancer des pierres,
mais il n'y avait personne
à l'horizon et j'entendais seulement la musique à
tue-tête dans la rue plus haut à l'arrêt de voitures.
J'ai continué ma lecture.
Pop, et une voix me dit :
- "Qu'est-ce que tu fais là ?" levant la tête,
je découvre alors à 3 mètres de dénivelé
en contrebas du talus de la courette une petite grand-mère,
à la mine à la fois sérieuse et inquiète,
toute menue, ridée, sale, coiffée du vieux chapeau
de la région de HYO, typique quoi.
Surprise , je ne répondis pas.
- "Qui es-tu, étrangère, tu es touriste, ? Qu'est-ce
que tu viens faire par ici ?"
- "J'attends une voiture pour aller à Acopalca, j'habite
à Acopalca"
- "Je ne te crois pas"
- "Si Señora, je fais un travail social au village plus
haut"
Sceptique, elle me dit sur un ton dur : - "tu fais partie des
gens qui vivaient du temps de l'hacienda, tu as acheté un
terrain ?".
Incrédule à mon tour, je lui fais répéter
sa question, cherchant des mots pour lui répondre.
- "Je n'ai rien à voir avec les gens qui faisaient travailler
les comuneros du temps de la coopérative, je viens sans aucune
intention de nuire, j'ai fait le poste de santé, la cantine
pour les enfants et je dois remonter au village pour terminer mon
travail, demandez à la propriétaire de l'épicerie
du paradero (arrêt de voiture)"
- "Ah tu es là como apoyo (pour aider les gens financièrement),
dans ce cas c'est bien, il y a beaucoup d'étrangers qui viennent,
achètent les terres et exproprient les villageois.
- "Vous connaissez Acopalca ?"
- "Oui, du temps de l'entreprise, j'allais chercher le beurre
et le fromage, mais je n'y ai pas mis les pieds depuis la fermeture
de la coopérative" (c'est-à-dire 1987).
J'ai alors vu qu'elle avait un lance-pierres rustique à la
main comme possèdent certains enfants d'Acopalca pour tirer
les oiseaux, soudain
je réalisai a chute des corps étrangers du feuillage
:
"MAIS C'EST QU'ELLE M'A TIREE COMME UN LAPIN !!!".
Alors que je rentrais mes courriers pour me lever et partir, elle
me dit :
- "Tu peux rester là, tu ne me déranges pas".
- "Gracias, mucho gusto conocerla" (merci, enchantée
de vous connaître)
- "Moi aussi enchantée".
Et je remontai la ruelle pour aller prendre la voiture.
Cette petite vieille défendait son patrimoine des étrangers
venus il y a des décennies (1945) dans des villages avoisinants
à 2 heures ou 3 heures du sien et qui ont acheté certains
villages (par exemple celui de Pariawanka fut jadis acheté
par des Anglais) et ont exproprié les villageois. Je comprends
maintenant beaucoup mieux la peur des Acopalquinos qui, il n'y a
pas si longtemps encore, croyaient que j'allais acheter le village
ou instaurer le communisme.
C'est
bien la rencontre la plus incongrue que j'ai faite depuis avril
2004.
Amis de France à très bientôt dans notre beau
pays.
Geneviève
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