Intipa wawan 'Les Enfants du Soleil'
 
























 





























 

 

 


 


Le 29 juillet 2006

Bonjour les amis,


Les 28 et 29 juillet sont fêtes patriotiques au Pérou (la victoire de l'indépendance sur les Espagnols le 27 juillet 1821) et depuis 4 ans c'est l'objet d'une fête monumentale au village.


Le 27, défilé en uniforme des écoles de la maternelle à fin du primaire. Les instituteurs sont habillés à l'européenne car ils viennent tous de la ville HUANCAYO.
C'est vraiment drôle de voir ces petits bouts alignés les uns derrière les autres défiler au pas de l'oie (ça y ressemble) sur la ligne de démarcation.
Le premier tient le badge aux couleurs du Pérou, rouge et blanc, confectionné à cet effet, il est tellement gros qu'on ne voit que ses chaussures.

Le président du village et les professeurs ont fait un discours un peu long comme à chaque manifestation après la montée des couleurs et le chant de l'hymne national que les enfants entonnent en cœur. Quelques enfants ont dit des poèmes, certains ont chanté.

L'après-midi fut tranquille, les Français sont descendus à HYO pour l'après-midi alternant les treks de haute montagne sur les glaciers de Huaytapallana (5.200 mètres) et les sorties en ville, nous les filles, avons fait une grande ballade dans la montagne. Ils agrémentent les après-midis des enfants par des ateliers d'activités ludo-pédagogiques de 16h à 18 heures. Nous tournons autour de 16 enfants de 3 à 10 ans (puzzles, coloriage, jeux de dés, jeux de ballons etc…). c'est eux qui sont demandeurs.

A 20 heures est arrivé l'orchestre de 14 musiciens qui a défilé une partie de la nuit dans tout le village, la première nuit fut chaude. Merci les boules Quiès.

Le 28, course de chevaux Morochucos, ce sont de petits chevaux uniques à Acopalca et dans les villages environnants. Acopalca voudrait bien croiser la race avec des plus grands car à chaque course un peu plus éloignée du village ils perdent toujours.


La course devait commencer à 9h30 mais bien sûr le vrai départ n'eut lieu qu'à 11h30 après un tirage au sort qui ne fut pas sans discussions, les concurrents de villages voisins accusant les organisateurs de favoriser les concurrents d'Acopalca. Il y avait bien une bonne trentaine de chevaux dans la vallée.. Encore un blessé cette année, heureusement le poste de santé étant ouvert, Marisol a pu recoudre… l'année dernière le grand blessé éjecté du cheval sur une pierre du torrent n'a pas eu moins de 17 points de suture à la tête, un Français en serait mort, les habitants du village, habitués à une vie rude, semblent avoir la tête bien dure.

3 heures de courses entrecoupées par le défilé de la nuit avec orchestre et cheval habillé de doré en tête de cortège monté par un majordome dans un habit lumineux. Chaque année une famille aisée du village paie l'orchestre (normalement ce sont 2 familles et les défilés s'entrecroisent mais la 2ème famille a perdu un fils de 18 ans il y a un mois). Le majordome jette des bonbons aux enfants ravis. Les gens du cortège dansent et nous font danser avec eux tout en avançant au rythme de la musique.

Le repas est sur la place du village, "comida" variée et délicieuse : truites, moutons rôtis avec les incontournables patates d'Acopalca.

A 15 heures ou plus, ici la notion d'heure n'existe pas, "rodéo andino", ce sont les chevaux sauvages d'Acopalca et des taurillons qui sont tentés d'être montés par des gens du village dans un enclos où tout le village et les touristes péruviens se sont regroupés sur les tribunes rustiques (que j'ai longtemps pris pour un grenier à maïs) et autour de l'enclos. c'est hyper rigolo car ce sont parfois les plus ivres qui s'y attellent (pas si ivres que ça, enfin ils titubent quand même). L'orchestre joue sans discontinuer et les danseurs dopés à la bière excellent au rythme de la musique qui s'accélère en fin de chaque morceau. Quelle santé !
Le retour dans la ruelle se fait en dansant à petits pas à la suite de l'orchestre. Les Français qui m'accompagnent au village sont happés par les mamas de la tête de cortège, il n'y a pas à discuter.

La seconde nuit fut plus chaude, l'orchestre a joué jusqu'à 4 heures du matin sur le petit stade bitumé en haut du village. Je n'avais jamais vu une activité aussi intense dans la ruelle, la bière coule à flots et les boissons magiques à base de cana (eau de vie de canne à sucre) aussi. Nous sommes rentrés nous coucher assez tôt pour essayer de ne pas être torpillés par l'alcool. Dormir en courant c'est ce qu'il faut faire les nuits de grosse débauche. A 4h05, au micro "on demande …" et les noms se succèdent. Il faut dire que le local d'administration est situé juste derrière notre maison et le haut parleur quasi sous nos fenêtres. Le message s'est répété des dizaines de fois, les moments qui n'étaient pas parlés étaient en musique. Une musique qui ressemble à de la musique chinoise au violon, les voix féminines qui accompagnent sont nasillardes et nous avons même eu droit à une cassette rayé OOOUUUUIIIIIiiiiiiiiiOOOOOOUUUUUUIIIiiiiiiOOOOOOuuuuiiiOOOOUUUIIiiOOUUii.
Les hommes dansaient leur danse du santiago tant prisée dans le département de Junin, ça ressemble à des claquettes et sur du plancher….imaginez le bruit, un vrai bonheur. Nous nous entrecroisons dans la maison, je prends un café et décide d'aller voir le lever du soleil sur la montagne. Il est 4h30.

L'activité intense règne, 2 hommes à cheval viennent de passer devant ma porte dans l'hacienda, dans la seule ruelle il y a plus de gens la nuit que certains jours de marché au village. C'est vraiment incroyable.

Je décide de partir par le bas du village avec ma pile car les ruelles sont pavées de pierres irrégulières comme on peut voir dans les films sur le Moyen-âge. Finalement je ne vais pas trop loin, pensant aux chiens qui me connaissent bien de jour mais de nuit… je choisis d'aller dans les enclos faits d'adobe (de terre) parfois à moitié écroulés, construits du temps de l'hacienda prospère avec ses 10.000 têtes de bétail. Ils correspondent tous. Le ciel étoilé est magnifique. Je crois que je peux maintenant imaginer les contours de la montagne qui entoure le village les yeux fermés. C'est vraiment magnifique.

Je suis un peu éloignée du village et remercie l'univers de me procurer un si beau paysage. Les bruits sont lointains. J'ai eu peur de mon ombre sur le mur de l'enclos. Un vent froid me glace le haut du dos.

Soudain je vois des lueurs au loin qui éclairent un chemin du village, j'entends cette musique que je connais bien : le petit tambourin et le violon, c'est la musique typique du santiago. Le santiago, c'est la manifestation du mois d'août qui fête le bétail, elle est caractérisée par la pose de rubans aux oreilles des vaches, lamas, alpagas, moutons, et donne lieu à une grande fête chaque fin de week-end pour les familles les plus aisées. Demain nous sommes tous les 5 Français invités à la première fête de santiago de la famille la plus aisée du village.

Au moins 50 personnes se détachent aux lueurs de torches en dansant. Ça sonne un peu irréel dans ma tête, je me croirais au Moyen-âge. Ils se rapprochent, arrivent sur la route en bas du village, j'entends un animal vache ou cheval en contrebas qui vient dans l'autre sens mais je ne distingue rien. La folle équipée arrive à la croisée des chemins, à la lueur des torches un cheval apeuré rebrousse chemin, l'autre tenu en longe par son maître s'emballe et a failli tomber dans le précipice qui borde la route de Huaytapallana surmontant le torrent, les 2 font demi tour. Puis soudain le cortège monte dans les enclos. Les torches sont de paille, les femmes portent dans leurs mantas des fagots de paille et une torche sur le point d'être éteinte allume la suivante. L'enclos choisi, ils dansent, tournoient, on dirait un rituel, et finalement mettent toutes leurs torches ensemble par terre et dansent autour du feu avec des cris stridents. Je suis cachée derrière l'enclos et regarde ce spectacle magique venant d'un autre monde. Je reconnais Amélia avec Antony dans son dos, elle est venue l'avant veille se faire soigner les yeux avec une très forte conjonctivite, elle pouvait à peine les ouvrir, je reconnais aussi le père de Karen et Ada. Puis tout le monde est reparti comme il était venu en dansant avec les dernières torches incandescentes.

Et soudain je viens de comprendre que c'est sûrement dans cet enclos que va avoir lieu la pose des rubans au bétail auquel nous sommes invités aujourd'hui et que c'était un rite de purification des lieux.

Je suis remontée à la pile bien après le départ du groupe, émerveillée du spectacle auquel je venais d'assister. Arrivant sur le grand stade, ils sont devant chez Amélia dansant et buvant.

A la maison tout le monde est recouché.

Je me mets sur l'ordinateur avec l'envie de vous raconter ce moment magique. Il est maintenant 6h30. De ma porte des hommes montent chez eux, les uns se soutenant et battant les "4 coins" de la ruelle, un autre soufflant dans ce cor que je ne connais que dans les Andes, c'est une corne ondulé d'un mètre de long et tout décoré de pompons. Il a du mal et cela ressemble au son des fêtes de conscrits d'autrefois dans les villages.

7h30 il fait soleil , c'est magnifique…ça grouille de bruit : trompette , bavardage : une autre journée de fête se poursuit..

Il est 8h30 l'appel au micro ne cesse de demander aux "coureurs aériens" de s'inscrire pour faire "le trepacerro", il s'agit de partir de la place du village et de monter le plus vite possible au sommet de la montagne la plus proche et d'en redescendre le premier, tout cela en courant.
En lice Wilmer, celui qui gagne toutes les courses d'Acopalca, il a 28 ans.

Prêt ….Partez… pas besoin d'aller au départ, nous pouvons suivre l'ascension des 3 candidats de l'hacienda. Comme au fil rouge, les candidats s'échelonnent, le second s'accroche, le dernier abandonne. Bientôt nous ne voyons au sommet qu'un point orange suivi d'un point vert, quand on les voit.
26 minutes, c'est le temps que mettra Wilmer qui repasse ruisselant et rayonnant dans la ruelle sous les applaudissements du public. Ca paraît incroyable, les Français les plus vaillants mettent une heure et demie en marchant; les moins robustes plus de 2 heures.

10h30 – pêche à la ligne pour les enfants. nous avions empaqueté les jouets dans du papier journal entouré d'une ficelle et nos cannes à pêche étaient faites d'un bout de tube plastique de 60 cm, un bout de ficelle et un hameçon scié qu'un Français avait laissé l'année passée. Le succès fut plus rapide que l'année dernière. Nous avons carrément été envahis et notre carré était souvent à refaire refoulant les enfants vers l'extérieur. Pour une sole (0,25 euros), la pêche fut ouverte; en une demi-heure, nous avons obtenu 55 soles pour acheter du matériel pour l'école maternelle. Les jouets venaient de France que les Français rapportent à chacun de leur voyage : barbies, petites voitures de collection, jeux éducatifs, peluches etc… les enfants étaient ravis, certains venaient avec leurs parents, d'autres faisaient des échanges. Nous ne faisons pas cela gratuitement pour habituer les villageois à participer à l'évolution de leur village car nous donnons déjà beaucoup de choses.

11h30 – le santiago
Très chic, les dames, en jupe brodée, toutes plus belles les unes que les autres et les hommes avec leur chapeau de cow-boy étaient du plus bel effet.
Après avoir fait le tour du village derrière un orchestre de 14 musiciens bras dessus bras dessous à petits pas, nous nous sommes arrêtés au cimetière car cette année un membre proche de la famille est décédé. Très émouvant ces pleurs au son de la musique et au rythme de la danse. Quand on est invité dans une famille, on partage tout, au grand dam de Romain et Jérôme se tenant à l'écart, qui me demandaient pourquoi je les avais emmenés dans cette atmosphère et voulant les laisser vivre leur douleur dans l'intimité. Nous avions tous les 5 les larmes au bord du cœur. Ils sont vrais ces Péruviens, passant des larmes au rire et du rire aux larmes. Puis l'orchestre nous a conduit chez Mamy Roulette pour un repas : une soupe et en "segundo" : un morceau de mouton grillé avec 2 patates et la petite sauce piquante sur la feuille de salade. On mange avec ses mains assis par terre, tout le monde discute dans son coin. Un grand moment fut quand les garçons se demandaient ce qui allait leur être servi comme boisson. Derrière nous, un sac plastique rempli de boites de lait gloria vide et la couleur était celle du lait crème. En fait ce fut un peu gras à avaler avec un arrière goût d'huile d'olive et peut-être des petits bouts de cacahuète.

Puis nous sommes entrés dans l'enclos. Le troupeau de vaches, taureaux et petits veaux tournaient en rond. La musique toujours la musique, dès que l'orchestre s'arrêtait, c'était au tour du violon et du petit tambourin. Nous dansons dans un coin de l'enclos avec un regard d'inquiétude en retrait sur les vaches qui commencent à s'exciter. Dans les feuilles de coca distribuées, nous gardons les plus intacts pour le rituel de la vache. Avant d'entrer en scène, ils font manger aux vaches quelques feuilles de coca trempées dans de l'alcool. Puis la fête commence, les hommes bien échauffés commencent à courir après les vaches, en choisissent une, l'attrape par la queue, les autres s'accrochent au cou, et c'est une partie de sauts en discontinue qui se termine par la victoire de l'homme sur la bête. Mais cela dure un certain temps car il faut bien en choisir 3 avant d'en avoir une un peu plus facile. A plusieurs il la maîtrise, les femmes arrivent avec l'aiguille au chat géant afin d'y mettre le ruban, le cartilage de la vache est percé quand c'est une première fois, sinon chaque année c'est le même trou. Et les familles ne font pas des santiagos tous les ans, ça dépend de la fortune de l'année et ce n'est souvent que 2 musiciens qui enrichissent de leur son la fête du bétail. Seulement 2 familles cette année font leur santiago avec orchestre. Toute la soirée est bien arrosée.

Je suis toujours atterrée de voir comment les Acopalquinos boivent ("pour le froid" disent-ils), la chicha (bière de maïs). Du temps des Incas elle était beaucoup plus douce que cet alcool fort rapporté par les Espagnols en 1532.

Ceci dure toute la soirée, d'abord les vaches, puis les lamas attendent dans un enclos voisin. Les "cintas" des lamas sont différentes de celles des vaches. Eux ont, soit des pompons accrochés directement en boucles d'oreilles au sommet de l'oreille (les mâles), soit des rubans pendentifs terminés par 2 ou 3 pompons (les femelles), et comme ils ont le port altier, c'est de toute élégance… c'est souvent la femelle qui est en tête de troupeau et c'est toujours la même. Pour les chevaux c'est seulement poser après le rodéo un ruban autour du cou.

Certaines fois, on croit les familles riches, mais un mouton vaut 100 soles (le prix d'un uniforme pour le collège), un lama (de 150 à 200 soles), une vache (700 à 800 soles), un bon taureau (1000 soles) et le cheval (900 soles). Tout cela pour faire vivre une famille de 8 à 9 enfants et quand les enfants veulent étudier à la ville, ça pose problème.

La soirée s'est terminée avec des chanteuses de santiago sous un chapiteau que la famille d'Amélia avait fait venir. Belle soirée et journée inoubliable pour les Français venus d'un autre continent.

A une prochaine fois
Amicalement
Geneviève

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