Une
rencontre extraordinaire
C'est
la rencontre d'un homme à pied, la quarantaine, dans le
bas du village à 9 heures du matin alors que je me dirigeais
les 2 mains dans les poches et la tête baissée vers
l'école primaire.
-
buenos dias Señora, c'est loin Huancayo
- Huancayo ?
- Oui
- 18 kms
Interloqué : - 18 kms ?
- vous n'êtes pas d'Acopalca ?
Sur un ton saccadé et rapide, cet homme humble me dit :
- non je me suis évadé de la prison et je rejoins
ma famille à St Augustin de Cajas
Il a les mains toutes coupées de gerçures et un
peu déformées.
Il
me sort 2 photos sales enroulées de sa poche :
- c'est mon camion (un beau camion jaune) et mon fils à
côté et le chauffeur. Je voulais toujours plus.
- qu'est-ce que vous avez fait pour aller en prison ?
- je voulais un nouveau camion, plus grand et à Ayacucho
ils m'ont donné de la cocaïne
- de la cocaïne ? Les narcotrafiquants ?
- oui. Una "viejita" (petite vieille) m'a donné
cette manta (c'est la couverture très colorée qu'il
s'était mis en bandoulière pour marcher), j'ai mon
chapeau dedans.
Je
pensais que je n'avais pas un centime en poche pour lui donner.
-
et vous señora, vous êtes étrangère
?
- oui
- c'est bien que vous veniez nous éduquer, les Péruviens,
car il nous manque beaucoup (sous-entendu peut-être d'éducation,
de paroles ? ou enseigner la technologie car tous les Péruviens
savent que les gringos sont très pointus sur le sujet.)
-
Je pensais toujours que je n'avais pas un sou en poche, ni un
bout de pain à lui donner.
-
Huancayo est à 18 kms à pied ou à 2 heures
de Vilcacoto.
- Merci señora
- Hasta luego señor
- Hasta luego señora
Et
je suis partie ébahie de cette rencontre du jour en pensant
"je ne sais pas lequel de nous 2 il fallait éduquer".
Geneviève