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Juin 2010 - La cérémonie des offrandes |
Aujourd’hui,
c’est le 21 juin ; tous les avertis montent à 5000
m d’altitude au glacier de Huaytapallana, sur les terres du
village. Aucun comunero d’Acopalca, seulement des gens de
la ville.
Chacun
installe sa nappe et offre ses plus beaux fruits, ses fleurs, son
meilleur vin, la chica de jora (boisson de maïs fermenté),
ses graines de quinoa, fèves, blé, lentilles etc…,
mais aussi des biscuits car l’esprit de Huaytapallana est
très gourmand.
Au final, cela représente une grande nappe multicolore autour
de laquelle nous discutons, assis ou debout, offrons à notre
voisin notre eau de vie servie dans le bouchon d’une bouteille
d’eau récupérée, mais très souvent,
ceci pour se réchauffer.
Nous offrons aussi une poignée de feuilles de coca qui doit
être reçue avec les 2 mains jointes, marque de politesse
vis-à-vis de la feuille qui unit le sacré et le profane.
Beaucoup
de musiciens jouent de leur instrument chacun leur tour. J’ai
entendu 3 Pututu (gros coquillage dans lequel on souffle) qui se
répondaient. On aurait dit des sirènes de bateau.
Tout à coup, l’esprit de Huaytapallana se présente,
gronde et déclenche une petite coulée de neige.
Et chacun de se tourner et d’applaudir. L’esprit de
la montagne nous a reçu.
Puis vient l’heure de la cérémonie, ceux qui
veulent peuvent parler à voix haute chacun leur tour pour
rendre hommage à notre APU (Esprit en quechua), puis vient
le tour du maître de cérémonie qui intervient,
s’adresse à tous les éléments en quechua
:
- Pachamama (la Terre Mère)
- Taïtaï Inti (le Père Soleil)
- Mama Yacu (l’Eau)
- Taïtaï Huaytapallana (Papa Huaytapallana, le nom de
cette montagne)
Il
invite tous les sommets du monde à se connecter au nôtre
et à nous pour une meilleure compréhension du monde,
pour défendre la terre-mère afin qu’elle se
régénère, pour lutter pour notre eau (là
aussi le changement climatique se fait sentir, le glacier s’amenuise
d’année en année et c’est lui qui alimente
en eau la ville de Huancayo : 500.000 habitants) et pour réaliser
nos vœux.
Un autre craquement se fait entendre.
Nous mettons nos mains en évidence pour capter l’énergie
envoyée par le sommet en écoutant cérémonieusement
le discours de Pedro MARTICORENA.
A
un certain moment, nous ne faisons plus qu’un avec les éléments
de la nature. C’est grandiose et régénérant.
Et
chacun souhaite à son voisin, ses amis connus ou inconnus,
une JOYEUSE ANNEE ANDINE, les uns pleurent, les autres dansent.
Ensuite
nous allons donner les fruits au lac couleur turquoise qui s’en
vont au fil de la bise et du courant, puis à la terre où
nous enfouissons nos dons avec amour.
Ceux qui veulent peuvent se baigner car l’eau du lac a des
vertus de guérison, l’eau est à 2 ou 3 degrés.
Puis
chaque groupe disséminé dans la montagne danse au
son de la musique et mange son «réfrigerio» (entendre
pique nique).
C’est
magique et très puissant. |