
Genèse :
Lors de son premier voyage au Pérou, dans le cadre d’une
association nantaise, appelée «MUNAY»
ou «Amour» en langue quechua, Geneviève
accompagne le médecin péruvien rémunéré
par l’association française. Dans les villages pauvres
de la Cordillière des Andes, elle a pu observer et prendre
conscience de l’état de carence des enfants, tant sur
le plan de l’hygiène que sur celui de la nutrition.
Le taux de mortalité
infantile est de 40°/°° jusqu’à l’âge
de 10 ans et de 45°/°° pour les enfants de moins de 5
ans. Le taux de malnutrition est de 60% dans le département
de Junin
(source : UNICEF – chiffres 2000 et hôpital de Huancayo).
Les enfants sont
les plus vulnérables et les moins protégés du
Pérou. Sur 26 millions d’habitants, plus de la moitié
vivent en état de pauvreté. 6,5 millions, dont 2,4 millions
d’enfants, sont installés dans une extrême pauvreté.
"
Face à cette détresse des enfants, et au regard de la
chaleur des Péruviens, il me fallait faire quelque chose."
Le choix
du village d'ACOPALCA ne s’est pas
fait au hasard. Il a été choisi par l’association
péruvienne
Intipa Wawan Perù selon des critères
géographiques, sanitaires, historiques et économiques
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Géographiques : village d’altitude de
la Cordillière des Andes situé à 3650 mètres
d’altitude et à 308 kilomètres de Lima,
à 18 kilomètres de Huancayo (ville la plus proche),
difficile d’accès, climat rude avec une amplitude
thermique très importante. 1200 habitants, 180 familles,
70 % d’enfants. Village sans eau potable, ni réseau
d’assainissement.
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Sanitaires : absence de poste de santé à
moins de 18 km. Le poste de santé fut fermé en
1988 à la suite des actions des terroristes très
présents dans ce village.
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Historiques : ACOPALCA a été
particulièrement affaibli et meurtri par le passage du
Sentier Lumineux.. Village phare du département dans
les années 50-80, les 2 ingénieurs Alberto Chaparo
Melendez et Carlos Roman Rosas, aristrocrates péruviens,
employèrent jusqu'à 150 comuneros pour les 10
000 têtes de bétail existantes. La coopérative
S.A.I.S. CAHUIDE n°6, pontionnée par les maoïstes
aux fins de la guérilla, fut clôturée en
mars 1989.
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Economiques : la réforme agraire avec en particulier
la redistribution des terres, n’a pas non plus été
bénéfique à la population d’ACOPALCA
et n’a pas contribué à renouer avec les
années florissantes. Le village s’est fermé,
sa population s’est réduite et ses richesses n'ont
cessé de décroître. |
ACOPALCA
ne possède pas moins de 26 800 ha de terres, chaque
famille possède un troupeau de moutons, lamas et vaches et
5 ou 6 chevaux. Les paysans cultivent essentiellement
la patate, véritable richesse dans cette région. Et
pourtant c'est un village pauvre.
Source
: interview en février 2005 de Humberto Luis ALLCA LEON, président
de la communauté paysanne d'ACOPALCA (élu en décembre
2004 pour 2 ans).
| Le
site de Huaytapallana |
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A 10
kms du village sont les neiges éternelles de HUAYTAPALLANA
– 5400 mètres -.
Ce sont 4 lacs aux couleurs turquoise établis sur
19 kms de parcours qui peuvent être faits soit à
pied, soit à cheval.
Heureusement, c'est encore vierge de touristes. A découvrir. |
Lettre de Geneviève
décrivant la magie du village : |
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Le 18 septembre
2004
Bonjour les
amis,
Aujourd'hui
j'ai vu mon premier papillon, il était de couleur jaune d'or
à butiner les fleurs dans l'herbe sèche. Les pâquerettes
sortent de terre, toutes petites, et se mélangent à
une multitude de fleurs jaune pissenlit qui ressemblent en tout point
à la fleur de pissenlit mais sans les feuilles et à
ras la terre, elles semblent posées là par une main
divine, formant un tapis jaune et se refermant dès que l'ombre
les recouvre.
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Une
nuée de petits oiseaux jaune vert, on dirait de petits
serins, s'envolent à mon approche.
Parfois je me sens transportée en bordure de mer avec
le cri de la mouette. C'est un oiseau de couleur beige, haut
sur pattes, avec un grand bec, semblable à l'avocette
du marais vendéen mais beaucoup moins fin. Vraiment on
dirait le cri de la mouette.
La semaine dernière, j'ai vu un aigle facilement reconnaissable
car j'en ai un sur CDROM, vu du bas, ses longues ailes ne trompent
pas.
Le ruisseau chante à mon approche. Je passe sur le petit
pont de terre et de cailloux juste refait qui traverse le rio,
on risquait à tout moment de passer son pied au travers
de la poutre qui laissait voir courir l'eau. Je choisis les
galets ou cailloux ou pierres pour poser mes pieds, pas une
ne se ressemble de forme et de couleur différentes, certaines
avec des paillettes qui brillent au soleil et qui invitent à
l'évasion.
Je monte le chemin de la montagne d'en face le village pour
le surplomber, un couple de vaches descend avec son propriétaire
qui lève le bras à mon approche en guise de bonjour
accompagné d'un "buenos dias Senorita". Les
vaches d'Acopalca ne sont ni trop maigres, ni trop grosses,
normales quoi. Elles broutent toute la journée l'herbe
de la montagne et on les change d'endroit quand l'endroit est
pelé. Au début de mon séjour, je trouvais
que la viande que j'achetais au marché de Huancayo avait
un goût fort qui ne me plaisait pas, mais je crois que
c'est que j'avais perdu le goût véritable, habituée
à manger le bifteak qui fond dans la poêle de nos
mastodontes de bête piqués aux hormones.
Plus haut je vois un berger avec son troupeau ds la montagne
abrupte et rocailleuse et les moutons se déplacer en
chapelet; de temps à autre, sur un ordre, le chien fait
le ralliement.
De l'endroit surélevé d'où je me situe,
je domine le village : les femmes lavent le linge ds le rio,
d'autres dans une déviation du rio, assises, se coiffent
au soleil. Nous sommes en début d'après-midi,
l'air est moins rigoureux. Les ânes broutent par famille,
c'est ce qui me surprend le plus, les ânes, ânesses
et ânons avec leurs rubans multicolores dans la crinière
et le petit ânon qui gambade, lève son derrière
et batifole avec son ruban autour du cou. |
Tiens un troupeau
de lamas, une quinzaine de têtes, monte sur la voie principale
avec les enfants de la famille propriétaire qui courent derrière.
Les lamas ont les genoux des pattes avant rentrées en dedans
et je crois que c'est comme les chameaux du désert, ils crachent
qd ils sont mécontents. Eux aussi ont bénéficié
de l'habillage lors de la fête de Santiago, je distingue les
rubans multicolores aux oreilles.
Et
les chevaux de toutes les couleurs qui broutent, traversent
la route pour aller boire (loin du rio poubelle).
Les gens d'Acopalca jettent leur poubelle près du rio,
des fois je vois un chien crevé sur un tas d'ordures
et une nuée d'oiseaux tout noir, des cigognes noires
grandes sur patte avec un long bec, qui ont un cri lugubre comme
dans les films d'HICHCOCK et qui rôdent comme les vautours
au-dessus de leur proie. Il sera temps de faire enlever tout
ce monceau d'ordures avant la saison des pluies.
La
semaine passée, j'ai vu une femme partir sur son cheval
blanc (toute la famille était là pour l'installation
et la voir partir), portant son enfant dans la manta enserrant
son dos, les rennes et un agneau dans les mains devant sur la
selle.
Nous nous sommes saluées avec un large sourire. Elle
partait sûrement "à la altura" (en altitude)
rejoindre son troupeau, ils sont souvent à des kms sur
la route de Huaytapallana, la montagne touristique du département. |
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Ce sont des
images habituelles pour moi maintenant et d'une beauté rare
pour nous Européens, attachés à d'autres horizons
de bitume, de voitures et d'immeubles... Depuis mon arrivée,
j'en ai plein les yeux de ces tableaux de grandeur, plein les oreilles
du rire des enfants qui jouent à la marelle, à dégommer
les boites de lait gloria (oui !) installées en pyramide comme
dans les foires, et aujourd'hui quand on m'a redonné le jeu
de petits chevaux, il manquait le dé, et bien merveilleux,
les plus petits jouent maintenant avec un petit caillou à la
place du dé et l'imagination fait le reste.
C'est magique,
non !
A très bientôt
Geneviève
PS : Vous
aurez remarqué qu'il n'y a pas de cochons, et j'ai vu très
peu de volailles.
Les objectifs de l'association
:
Créer un centre d’éducation sanitaire à
ACOPALCA, village pauvre de 180 familles situé
dans la Cordillère des Andes à 3650 mètres d’altitude,
à 18 kilomètres de HUANCAYO,
capitale du département de Junin.
- pour que les
enfants du village et leurs familles puissent recevoir gratuitement
des soins,
- pour lutter contre la malnutrition, en particulier des enfants,
en leur apportant un complément nutritif à base de luzerne
(voir l'œuvre de Sœur Lucie Morren du Nicaragua,
(c'est la sœur Emmanuel du Nicaragua) avec
laquelle j'ai conversé par téléphone lors d'une
venue en France à Reims au siège de l'A.P.E.F. –
Association pour la promotion des extraits foliaires en
nutrition – site de Lucie Morren www.soynica.org.ni.).
En effet, la nourriture est essentiellement à base de haricots
blancs, de patates de maïs et de riz. L’équilibre
nutritionnel n’est pas respecté
et les carences sont de nature minérales et vitaminiques, principalement
en fer et en vitamine A et C.
- pour apporter aux parents une information adaptée sur l’hygiène
et la salubrité, ainsi que sur l’amélioration
du régime alimentaire
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Cette
opération vise donc, en plus des soins de santé
donnés conformément à la culture de ce
pays, un accès à l’information sur la prévention
de la malnutrition infantile, et demande la participation des
familles.
L’originalité
de ce projet réside dans la prise en charge totale par
les Péruviens et l’association Intipa Wawan Perù
de la pérennité de l’opération.
Le
but est de faire émerger au niveau local, l’auto
prise en charge
par une participation des familles,
en prenant soin de ne pas tomber dans l’assistanat.
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